Archive de avril, 2009

De l’impéritie des sociétés


2009
18.04

De retour sur le blog avec un petit esprit misanthrope et spectateur d’un emballement sociétal baptisé du doux nom de « crise ».

Est-ce à dire que la Terre ne tourne plus et que les Galapagos sont définitivement englouties par un spasme chtonien que les associations de protection de l’environnement n’ont pas su traduire en justice ?

La situation actuelle pose véritablement le rôle d’une société moderne : providentielle et protectrice ou élististe et corporatiste ? Voilà un débat vieux comme Hérode, aussi simple que la dichotomie entre le Bien et le Mal, aussi complexe que 6 milliards d’être humains chacun détenteur de son propre bien et propre mal.

A l’origine, la société était bien l’intérêt réciproque de plusieurs individus, mais au-delà des codes, des lois et des usages, fils et fille de la nécessité collective, cette notion a pris des chemins de traverse : mutualisme pour les uns, support de l’achèvement personnel pour les autres et pour la plupart des questions sans réponse. Il faut avoir connu la douleur, physique ou morale, pour mesurer la valeur d’une main tendue.

[ Bien deviné ! Comme tout un chacun, j'ai mon idée sur la question sans pour autant prétendre détenir la vérité. ]

Nos sociétés ont pris un essor formidable avec des distances et des médias qui dépassent largement les aptitudes physiques de l’Homme (mais pas son imagination).

Est-ce que nos anciens modèles gardent leur signification dans un tel contexte ? Est-ce qu’une partie de nos difficultés ne viendraient pas de l’accélération imposée à nos cultures par ces échanges croissants ? Est-ce que l’amour survivra à la pornographie et est-ce que le sexe survivra à la mièvrerie des séries américaines ?

Entre stoïcisme et catastrophisme, il y a heureusement cette frange de personnes qui ont une vision de l’avenir. Mais comment distinguer les crédibles des inventeurs de religion ?

Nos systèmes représentatifs, bien qu’imparfaits par bien des aspects, ont au moins le mérite de confronter ces visions à l’adhésion populaire. Malheureusement, leurs défauts se heurtent à la capacité, récente, d’un individu à peser dans les décisions collectives tout en ne représentant que lui-même.

Montaigne et Montesquieu ont planché sur l’organisation des sociétés, Tocqueville a vanté la démocratie américaine à une époque où les médias étaient quasi inexistants, seule comptait « la société », simple rassemblement de classe sociale en leur temps.

Pouvoirs et contre-pouvoirs sont une nécessité pour l’équilibre de nos sociétés, c’est maintenant une évidence. Mais du triptyque théorisé à l’origine,  législatif, exécutif et judiciaire, s’est rajouté de nombreux paramètres à l’équation : le pouvoir médiatique, le droit de pouvoir améliorer sa condition ou encore l’investissement privé. Ce joyeux mélange cherche encore son équilibre et cause des ravages dans de nombreuses sociétés (qu’est-ce à dire de l’enfant indonésien qui colle des semelles sur des chaussures de sport, rêvant de les porter, et qui seront la cinquième paire, plaisir éphémère, d’un  autre du même âge ?).

Songez-y, tout le monde rêve d’une situation assurée et tout le monde aspire à être au-dessus de son voisin. Collectivité et individualité seront nécessairement les deux axiomes de nos sociétés de demain. Aujourd’hui l’un récuse l’autre et la voie médiane n’a pas été trouvée car elle est changeante, pour preuve les assertions, schizophrènes dans le durée, sur le « formidable » système social français.

Actuellement, le pendule oscille vers le social, gageons que des politiques visant uniquement à la relance du système économique (malgré tout nécessaire) ne saurons que le renvoyer dans l’excès inverse. Nous ne faisons que courir après les évènements. Où sont les visionnaires dans nos sociétés modernes ? Où est le long terme dans nos sondages de l’opinion publique, fille émancipée de l’actualité, versatile et aux porte-paroles trop nombreux ?

Il n’y a plus qu’une théorie de vérités dans la multiplication de nos expériences et (heureusement) aucun despote assez fou pour réinitialiser le système d’une pression de bouton (notre capacité d’autodestruction sur le long terme est portant intacte).

Comme à leurs débuts, nos sociétés restent des communautés d’intérêts réciproques avec, réalité moderne, nul terrain libre où s’épanouir. Alors, État despotique ou responsabilisation de l’individu au nom de l’intérêt collectif ?

La société de demain, car elle devra être globale, devra être respecter une homéostase pour gérer et normaliser :

  • l’expression individuelle, les cultures et acculturations ;
  • l’intégration, non plus de classes sociales, mais d’individus nourris d’un échange global ;
  • les héritages racistes, partisans ou encore démagogiques ;
  • les limites qui se posent maintenant à l’Homme, par ses interactions ou, plus largement, de nature noodynamique (oui, c’est un néologisme pratique en l’occurence, voir noosphère) ;
  • l’élaboration et la diffusion de valeurs communes partagées, respectées mais non imposées ;
  • permettre la compétition individuelle sans préjudice pour la collectivité.

De plus en plus de voix (et de textes) pointent les limites de nos sociétés. Il nous faudra, de gré ou de force, les restructurer profondément. Sachons anticiper et bâtir un projet commun qui transcendera nations, intérêts privés et totalitarismes culturels.

Nous connaissons les enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui se posent à nous.

Prenons la voie difficile, car de toute façon nous y sommes sans l’avoir choisie. Il n’y a pas de raccourcis, c’est une route longue et pleine d’inconnu qui nous attend, de même que les générations après les notres. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Pourtant, peu de gloire devant nous car nulle victoire décisive ne nous attend, seulement une éternelle marche en avant.

Share