Archive de mai, 2009

Racines par çi, racines par là


2009
30.05

Dans de précédents messages, j’insistais sur la conséquence probable de l’échange d’informations sur l’identité de l’individu.

Hollywood a parfaitement exploité le filon en se servant ad libitum (ou ad nauseam ?) des émotions humaines. Amour, honneur, autant de ficelles actionnées par les marionnettistes (parfois en grève) du Nouveau Continent. Autant ne pas parler de ceux qui les suivent en Europe ou en Asie, avec autant de génie que de manque d »imagination.

Multiplication d’écoles pour l’Humanité que celles à mi chemin de l’invention et de la facilité.

Le besoin d’identité est quelque chose de très puissant chez l’Homme. « Roots » a été et reste le fondement de logiques de vie. But, which roots ? A l’heure où la culture devient un bien commun au-delà du droit national, nous assistons à de vaines tentatives protectionnistes. Premiers dérapages transnationaux depuis l’Alsace et la Lorraine (raccourci historique pratique pour tout francophone), tout cela pose enfin la question de l’adéquation entre culture et identité.

Soyons plus clair, qu’est-ce que l’identité française au milieu des Bretons, Occitans ou autres Berrichons (liste non exhaustive) ? Elle ne se définit clairement que par opposition des cultures vernaculaires face à l’ingérence d’autres logiques linguistiques. Autrement dit, « Mac Do » fait maintenant partie prenante des idiomes français.

Faut-il pour autant désespérer de notre identité, nos racines ? Certainement pas ! Si le français arrogant est passé de mode en Europe, le Français convaincant y a encore toute sa place. Et puisque la mode est à la clarification des missions, redonnons à nos collectivités territoriales leur compétence : tout échelon territorial devrait avoir le droit d’accompagner financièrement ses particularismes, y compris dans un cadre d’une cohérence de superposition des acteurs politiques.

Nous ne sommes pas tous égaux en Europe et le dogme bien français d’égalité, fraternité et liberté, pour se généraliser, a tout intérêt à s’exprimer en équité, solidarité et liberté. Les grands élans de la révolution de 1789 sont éteints mais leurs ferments restent d’actualité. Le première de nos racines est une mémoire pondérée de nos convictions et de nos expériences. Arrêtons de regarder le sol pour construire demain. Soyons ces arbres, certes enracinés, mais bras tendus vers le ciel en quête d’inexploré, voire d’éternité.

Share

Grippe A, mexicaine ou porcine : le poids des mots et la culture de l’instant


2009
15.05

Encore un moment intéressant que celui que nous vivons et qui illustre pleinement l’absence de régulation de la communication de nos omnimédias.

L’organisation mondiale de la santé a lancé une alerte 4 concernant une éventuelle pandémie d’une grippe (d’une létalité certes inquiétante).

Est-ce que l’OMS se serait trompée ? Après des manchettes dignes des plus grands films catastrophes, la question semble actuellement releguée à un second plan. et pour cause :

  • l’épidémie continue de se répandre, notamment aux États-Unis
  • il n’y a toujours pas de macchabée providentiel en métropole

Rien n’est réglé concernant la grippe A mais l’urgence a disparu, au moins dans l’information de la population. Est-ce que le risque a diminué ? Non, la pandémie reste une probabilité non négligeable, notamment l’hiver prochain. Est-ce que « A » sonne moins bien que « porcine » ou « mexicaine » ? C’est en tout cas beaucoup plus froid et distant du quidam. Il y a encore trop de cochon en chacun de nous ou trop d’espagnol chez les Mexicains pour que les mots n’aient pas leur poids.

Du poids oui, mais quelle réalité ? Est-ce que nous croirons encore longtemps les prophètes de l’apocalypse qui hantent les couloirs des télévisions ou des journaux ? Le vrai danger, tout le monde le sait, est qu’une véritable urgence passe inaperçue. Pas grave, c’est toujours la faute à d’autres.

Après tout, nous sommes en France, qu’avons nous à faire des mexicains ou des producteurs de porcs ? Que voilà une courte vue digne de beaucoup d’anciens rois de France parmi les plus médiocres.

Si Alexis de Tocqueville estimait que la presse était un contrepouvoir essentiel à la démocratie, de l’eau a coulé sous les ponts. Les éditorialistes sont aujourd’hui des prescripteurs d’opinion et chacun sait l’influence qu’exerce la sacro-sainte « opinion publique » sur l’action politique (dans son sens noble : la vie de la cité, fi des carriéristes).

Mais revenons au feuilleton de la grippe :

  1. premiers cas en Amérique avec une diffusion rapide dans la couche populaire : pas un mot ;
  2. premières suspicions aux Etats-Unis et en Europe : sujet à surveiller ;
  3. alerte 4 de l’OMS (à l’usage des décideurs pour prendre des mesures de prévention) : on  se serait cru au temps de la Baie des Cochons avec un beau DefCon 4 des USA. Experts, contre-experts. Vite, jetons nous sur les masques chirurgicaux, notre fin est imminente !
  4. Toujours aucun mort en France : gardons quelques émissions thématiques sur le service public, ô caillou…

La grippe A, les gens n’ont qu’à faire comme tous les archontes  : s’en laver les mains. Et si les masques tombent, tant pis pour ceux qui n’auraient pas une bonne complémentaire santé !

A tout pouvoir, contre-pouvoir, afin d’en garantir l’équanimité. Sachons créer ceux des médias tout en garantissant les conditions de leur liberté avec comme corolaire que « business is business » et que les scientifiques devront un jour mouiller la chemise. On peut réver de ce qu’on veut, le capitalisme (et la publicité et les investisseurs) est là et il faut bien faire avec.

Share