Hommage à Gilbert

2012
13.04

Hommage à Gilbert

Cela fait presque 6 ans que Gilbert s’en est allé. Homme droit et forcément peu commode, il s’en est allé dans la vie comme dans la mort : en restant lui-même. Premier à me tendre la main, horsain que j’étais dans la Manche, il était et reste une figure emblématique à de nombreux titres.

Arrivé fin août 2004, je le vis malheureusement jaunir dès octobre et se résigner à se reposer au printemps suivant. Ne mâchant pas ses maux, il revint aux affaires durant une très petite année. 100 jours pour Napoléon, 100 jours pour Gilbert. Il s’éteignit en même temps que l’équipe de France de football en juillet 2006. Soumis à de hautes doses de morphine sur la fin, ses délires le ramenait continuellement à savoir si tous les problèmes étaient réglés. Force est de constater que non.

Au final, il reste sa conviction que le syndicalisme agricole repose d’abord sur une adhésion de masse, forcément sous condition. Un corporatisme, disons-le, mais un corporatisme éclairé, héritier d’un serment de l’unité paysanne si souvent galvaudé depuis 1946.

Un serment qui portait sur le fond les graines de la maturité d’une profession : Nourrir dans le respect et la dignité d’elle-même et de l’homme. Une notion bien galvaudée depuis car les corporatismes sont devenus des lobbys ne dépendant plus d’une majorité démocratique mais se contentant d’une majorité médiatique, puissante mais versatile.

Dans notre époque où les structures établies ne peuvent soi-disant être que les outils d’une intelligentsia moderne, citadelles des ego contre lesquelles luttent d’autres ego évincés du « système », il ne reste que beaucoup de défiance et un peu de militantisme stérile. Une défiance légitime face à aux ambitions individuelles mais si frustrante face à l’engagement bénévole et altruiste de tant d’autres.

Alors que les paysans n’ont jamais été aussi peu nombreux, ils se diluent et se déchirent entre eux comme jamais. Du coup, les chambres d’agriculture semblent être un havre rassurant pour la société civile bien que le ratio entre les salariés et les responsables professionnels actifs en leur sein devrait alarmer au contraire sur la légitimité de telles institutions. Une proportion bien plus propice au statu quo qu’au rassemblement.

Le réseau des FDSEA et de la FNSEA était certes conçu pour fédérer, expliquer et coordonner mais d’abord pour écouter. Avec le temps, la dérive autocratique s’est installée car elle est humaine. Tant dans les départements qu’au national, l’écoute s’est raréfiée depuis l’enthousiasme initial car il est difficile de résoudre les questions locales dans les échelons supérieurs sans provoquer des réactions en chaîne. En cela, le syndicalisme agricole n’est guère différent du reste de la société civile.

Cette difficulté repose toutefois sur un postulat de base incorrect : de l’écoute, si tant est qu’il y en ait, doit découler l’action. Celle-ci doit pourtant d’abord être le fruit d’un dialogue respectueux des différences, fruit du consensus, non d’un diktat unilatéral et sans recul. L’exercice démocratique est au prix de cette discipline et cela dépasse largement encore une fois la profession agricole.

Cette dernière est toutefois face à un enjeu fondamental : répondre unitairement dans sa diversité et franchement dans ses ambitions à des attentes sociales antinomiques (prix bas/environnement par exemple) ou se laisser arbitrer par le chaos ambiant. Au-delà du coup médiatique de l’appel à une ouverture – modérée – des interprofessions, les FDSEA et la FNSEA doivent d’abord se poser la question d’être mères des débats ou pères des discordes.

Entre dialogues et convictions, je me souviens d’un homme qui s’appelait Gilbert.
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These mist covered mountains
Are a home now for me
But my home is the lowlands
And always will be
Some day you’ll return to
Your valleys and your farms
And you’ll no longer burn
To be brothers in arms

Through these fields of destruction
Baptism on the fire
I’ve watched all your suffering
As the battles raged higher
And though they did hurt me so bad
In the fear and alarm
You did not desert me
My brothers in arms

There’s so many different worlds
So many different suns
And we have just one world
But we live in different ones

Now the sun’s gone to hell
And the moon’s riding high
Let me bid you farewell
Every man has to die
But it’s written in the starlight
And every line on your palm
We’re fools to make war
On our brothers in arms

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Ces montagnes brumeuses
Sont maintenant ma maison
Mais mon pays est dans les basse-terres
Et il le sera toujours
Un jour tu retourneras
A tes vallées et tes fermes
Et tu ne brûleras plus
D’être frère d’armes

A travers toutes ces destructions
Baptisés dans le feu
Je t’ai vu souffrir
Alors que les combats s’intensifiaient,
Bien que j’ai en souffert
Dans la peur et dans l’urgence,
Tu ne m’as jamais laissé tomber
mon frère d’armes

Il y a tant de mondes différents
Tant de soleils différents
Nous n’avons pourtant qu’un seul monde
Sans pour autant nous comprendre

Maintenant le soleil n’est plus
Et la Lune est haute dans le ciel
Laisse-moi te dire au-revoir
Tous les hommes doivent mourir
Mais il est écrit dans le ciel
Et dans chaque lignes de nos mais
Que nous sommes fous
De faire la guerre
A nos frères d’armes

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