Arrivé à l’âge vénérable de 36 ans, je ne suis plus assez jeune pour me soucier de la mort ni assez vieux pour ne plus en redouter l’inéluctabilité. Bref, me voilà en plein milieu du gué avec toutes les angoisses associées. Je vois mon père agonisant sur un lit d’hôpital suite à son AVC. J’imagine ma grand-mère nous quittant brutalement en pleine nuit. Je vois mon grand-père maternel qui, après avoir été tailleur, s’en était allé ailleurs de l’esprit en nous gratifiant d’années difficiles. Je vois mon grand-père paternel sur son lit de mort, redevenu svelte pour ne pas dire maigre comme un clou.
Voilà que je pleure ma jeunesse imbécile où je n’ai pas pris le temps de les connaître. Certes, aucun n’avait le caractère facile et moi non plus. Il n’empêche que me voilà titillé par le dard du temps où l’on commence à se dire qu’il sera temps de se reposer quand on sera entre quatre planches. Est-ce que pour autant je m’attarde plus sur les vivants ? L’homme est ainsi fait qu’il regrette aisément mais anticipe difficilement. Peut-être vais-je prendre ma plume pour écrire à ma grand-mère par alliance survivante ou peut-être pas. L’avenir le dira mais que le temps file vite…
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