
A l’heure de la mondialisation, ils sont nombreux ceux qui estiment que cela doit rimer avec uniformisation et standardisation. Est-ce à dire que si nous sommes capables de communiquer avec un quidam de l’autre bout du monde, nous devons forcément finir par lui ressembler ? Il y a ici une conviction sous-jacente que de la fréquentation naît l’assimilation.
Mais d’où peut venir cette conviction ? Le nouvel outil de google peut nous donner un indice :
La fréquence de l’usage du mot assimilation semble curieusement croître dans les époques modernes. Intéressons-nous maintenant au mot civilisation :
Il y a certes des limites mais on peut observer une certaine corrélation négative entre la fréquence des deux termes dans la littérature française sans parler de l’effet des deux guerres mondiales.
Ces deux graphiques ne sont finalement l’expression que de tendances profondes des sociétés humaines. Le référentiel culturel dans lequel nous évoluons est fortement ancré dans le présent et ce qui nous semble parfois être des moteurs profonds comme le racisme ne sont que des épiphénomènes de resserrements sociétaux. Essayez le mot race et le mot racisme pour vous rendre compte qu’il ne s’agit que de préoccupations récentes datant pour l’un de l’entre-deux guerres et pour l’autre de la colonisation. Histoire de référentiel dirons-nous.
J’en reviens à mon titre car le clou qui dépasse est, je crois, une bonne représentation de la discrimination sociale moderne. A titre individuel, c’est qui le clou invisible, qui le clou rebelle, qui le marteau laxiste et qui le marteau impérieux. Il ne s’agit là que de l’idée que chacun se fait de sa place relative dans son entourage et son environnement. car on est tous du pays de ceux qui nous ont aimé.
La montée en puissance des médias, contrôlés par des prescripteurs d’opinion, l’avènement d’internet, outil de communication sans contrôle, a radicalement changé notre perception de notre environnement social. Ce que beaucoup baptisent la montée de l’individualisme ne revient finalement qu’à des individus se repliant dans des communautarismes favorisés par des solidarités sociales d’un autre temps. Dit plus simplement, l’assimilation moderne se fait à distance et non plus au sein de la communauté. Grâce à internet, il devient aisé d’entrer ou de sortir d’un groupe social. Les médias (au sens large) se chargent de la dématérialisation de la communication interpersonnelle et des instances collectives se chargent du minimum vital (se loger, se nourrir, se vêtir et communiquer).
On peut maintenant être un asocial parfaitement social, tout est question d’échelle. Aux appartenances géographiques se substituent des appartenances morales bien plus ambiguës et éphémères. Des minorités peuvent ainsi émerger et être audibles pour le meilleur comme pour le pire. L’humanité est en profonde mutation du fait de l’accélération de la communication et cela aura des conséquences aussi irrésistibles que notre natalité explosive ou notre industrialisation.
Face à ces changements, il y a deux attitudes possibles : taper comme un sourd pour gommer l’irrégularité ou reculer un peu pour voir si le clou qui dépasse, gênant quand on a le nez dessus, n’apporte finalement pas du cachet à l’ensemble. Encore faut-il que les marteaux des convictions et des principes fassent preuve de discernement…
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