
Le dictionnaire Larousse définit la solidarité comme le « sentiment qui pousse les hommes à s’accorder une aide mutuelle« . Vaste sujet que celui-ci !
La femme de ma vie m’a raconté récemment l’histoire de son père, malheureusement confirmée par de nombreux cas semblables. Victime d’une sévère entorse de la cheville en glissant d’un trottoir, celui-ci s’est effondré sur le bord de la chaussée avec une si grande souffrance qu’il ne pouvait guère entreprendre quoi que ce soit de lui-même. De nombreux passant l’ont contourné, voire enjambé, avant qu’il ne s’en présente un qui lui a demandé s’il avait besoin d’aide.
Bien que tristement banal, cela m’a amené à me demander les motivations de l’indifférence des personnes l’ayant évité dans un premier temps. Spontanément plusieurs explications plausibles viennent à l’esprit. La première étant la peur de l’Inconnu : Si nous sommes parfois prêts à faire n’importe quoi pour des personnes que nous affectionnons, cela est déjà moins vrai pour de parfaits inconnus. On ne sait jamais, peut-être est-ce un piège ou une entourloupe ? Toutefois, cette première approche me laissait sur ma faim. Je sentait comme une différence de taille entre société et groupe social.
Dans ce dernier, faute de s’apprécier, tout le monde se connaît et l’acte d’aider est plus spontané et naturel que dans la société. Ergo, j’en revenais à la peur de l’Inconnu. Mais était-ce tout ? Une société comme la nôtre est certes constituée majoritairement d’inconnus car elle a dépassé depuis longtemps le stade tribal (notion à relativiser toutefois quant on voit la haine profonde pouvant hanter des personnes de la même société mais de groupes sociaux différents). Toutefois, une société se distingue par des règles et des valeurs communes.
Là, je tenais quelque chose. Rassemblant mes maigres souvenirs des cours d’histoire de France et quelques lectures aléatoires au gré de mes humeurs, il devenait évident que, d’une part les règles régissant les Français sont récentes et, d’autre part les valeurs sont intrinsèquement relatives.

Hypocrisie de la solidarité
Je devinais que derrière la solidarité se cachait d’abord une certaine capacité de compassion, éminemment différente d’un individu à l’autre et d’un contexte à l’autre. Cela m’a amené à me poser la question des grandes causes de notre époque et du sentiment mitigé que cela peut parfois amener sur leur caractère réellement altruiste quand elles sont de notoriété publique (l’exemple de mon beau-père ne l’était guère). Parallèlement, le droit français, comme beaucoup d’autres, rend passible de condamnation celui qui ne porterait pas assistance au premier inconnu venu.
Je partis alors du constat que si les vertus de la solidarité sont portées collectivement au panthéon des valeurs humaines d’un côté, le citoyen s’en exempte gaillardement à titre individuel dès qu’il en a l’occasion.
Voilà qui d’un point de vue dialectique frise dangereusement le syllogisme sophistique. Soit les Français sont de moins en moins Français, soit les valeurs collectives ont de moins en moins de portée sur les individus.

Un titre, une législation
Cette deuxième conclusion a certainement du sens dans notre société moderne où la liberté de l’individu n’a plus de limites et certainement plus celles des autres tant les frontières sont devenues multiples et floues. La première n’est malgré tout pas invalidée pour autant.
L’organisation sociale française a largement transféré dans sa législation et dans ses structures collectives les notions de solidarité :assurance maladie, retraite par répartion, non-assistance à personne en danger… Au final, il est très probable que les Français soient de moins en moins la France du fait de leur diversité et de leur liberté personnelle.
Au final, tout cela me laisse une question dont je ne connais pas la réponse : est-ce que les solidarités sociales organisées ont un effet négatif sur la capacité des personnes de cette société à agir solidairement à titre individuel ? Il est clair que nous sentons tous une montée de l’individualisme moderne. Mais est-ce que le fait de payer des impôts pour financer la police, les pompiers, les médecins ou les maisons de retraites nous incite à nous reposer sur cette organisation collective pour mieux fermer les yeux quand nous sommes confrontés à titre individuel à une situation requérant notre solidarité ?
Je n’ai certes pas la réponse à cette question, purement sophistique en théorie mais terriblement concrète parfois. Je ne suis en tout cas pas prêt à supprimer nos solidarité sociales pour trouver la réponse. Dans l’intervalle, je m’efforce à titre personnel, d’aider les autres dans la mesure de mes moyens en me disant que solidarité et solidarités conjuguées ne peuvent certainement pas nuire.
Tags : individualisme, société, solidarité, valeurs, ville



