
La gestion forestière, ou sylviculture, est l’ensemble des pratiques qui permettent d’atteindre les objectifs que le gestionnaire s’assigne en tenant compte des contraintes spécifiques du milieu.
Cette définition un peu fumeuse cache un ensemble de pratiques qui ne sont pas toujours évidentes pour le profane et qui ont différents niveaux d’action. La sylviculture est une projection sur le long terme d’interventions quasi-instantanées à l’échelle du peuplement (éclaircies, balivage, …). Bien souvent le sylviculteur ne voit pas ou peu les conséquences de ses décisions. Cultiver une forêt est, à quelques exceptions près, une affaire de générations.
La définition des objectifs
Première étape fondamentale car il est délicat d’en changer en cours de route lorsque l’on parle de gestion forestière.

La dune du Pyla grignote chaque année 0,8ha de forêt. La forêt littorale joue un grand rôle dans la fixation des dunes
Les objectifs de production : Les arbres sont-ils principalement destinés à donner du bois d’oeuvre, de la cellulose ? A quel terme doit pouvoir se faire l’exploitation finale ? Le peuplement aura-t-il d’autres fonctions que la seule production de biomasse (biodiversité, lutte contre l’érosion, tourisme…) ?
Minimiser la durée de retour sur investissement : On cherche ici à créer des retours financiers avant le terme de la révolution. Ce peut être des coupes intermédiaires, mais également la chasse, voire le tourisme.
Prendre en compte les contraintes du milieu : Il faut choisir la ou les essences adaptée au milieu. Le choix des techniques de protection ou d’abattage des arbres dépend aussi de ce facteur.
Prévoir la durabilité de la gestion : Autrement dit, gérer le peuplement de manière à ne pas épuiser les ressources du sol et à ne pas détruire la biodiversité qui supporte ces ressources.
Ces critères sont aussi valables pour un reboisement que pour une régénération partielle d’un peuplement. Suivant les conditions de départ, il peut être plus ou moins ardu de définir des objectifs permettant une sylviculture rentable. Certains peuplements n’ont ainsi d’autre rôle que de protéger le milieu de la dégradation, comme dans les forêts du littoral et des montagnes et le coût d’entretien doit forcément être assumé par la collectivité.
Structure interne et externe d’un peuplement forestier et régénération
Structure interne
La structure interne d’un peuplement est constitué de trois niveaux :
Le premier niveau discrime les arbres en fonction de leur origine. On distingue ainsi la futaie du taillis. Un peuplement où il y a les deux régimes sera appelé taillis sous futaie.
Le deuxième niveau discrimine les arbres en fonction de leur âge. Un peuplement dans lequel l’essence dominante présente des individus de même âge sera dénomné régulier. Dans le cas contraire, il estirrégulier.
Le troisième niveau discrime la diversité des espèces. Un peuplement où une essence est largement majoritaire dans la strate dominante sera qualifié de monospécifique. Dans le cas contraire, on parle deplurispéficique.
| Traitement (âges) | Régime (mode de régénération) | |
|---|---|---|
| Taillis (végétative) | Futaie (sexuée) | |
| Identiques (équienne) | Taillis simple | Futaie régulière |
| Différents (inéquienne) | Taillis fureté (ne se pratique plus) | Futaie irrégulière |
Les deux cas particuliers sont d’une part le taillis sous futaie qui regroupe les deux régimes de traitement dans un même peuplement. D’autre part, la futaie sur souche, qui est l’évolution d’un taillis vers un brin unique par souche (opération appelée balivage). A terme, le taillis ainsi traitée sera an apparence similaire à une futaie, d’où son appellation.
Un autre débat, assez ancien, fait encore rage dans le milieu forestier. Le concept de futaie jardinée est relativement simple dans la forme et se rapproche du concept de gestion proposé par l’association Pro Silva. Il s’agit d’une futaie irrégulière menée de manière à ce que l’exploitation sur une période n’excède pas la production du peuplement sur la même période, de l’ordre de quelques années. Concrètement, cet équilibre est très délicat à obtenir et les choix d’actions sylvicoles doivent être quasiment raisonnés arbre par arbre. Cette nécessité engendre des coûts de gestion plus importants et ne se pratique dans une forme approchée que dans des zones la présence permanente d’un couvert forestier est nécessaire (montagne, …).
Structure externe
La structure externe d’un peuplement qualifie sa représentation au sein d’un territoire. Cette structure est fondamentale dans la qualité d’un paysage et dans la diversité globale du territoire.
Un territoire entièrement boisé (comme les Landes de Gascogne) est qualifié de fermé. Dans ce cas précis, structure interne et structure externe se confondent. Le paysage est unique sur une très grande surface et seules les espèces uniquement spécifiques à ce milieu sont présentes. Au contraire une alternance de boisements et de zones ouvertes (champs, habitations, …) caractérise un milieu ouvert. On peut ensuite définir un degré de morcelement, qui, s’il est trop important peut limiter la rentabilité d’une sylviculture axé sur des productions quantitatives. Il peut même remettre en question la biodiversité globale en la limitant à des espèces de milieu ouvert. Une solution intermédiaire avec des peuplements présentant un morcelement limité et des linéaires boisés (haies et ripysylves) peut permettre de maximiser la biodiversité mais elle doit aussi trouver un équilibre avec les contraintes économiques et sociales du territoire.
Reboisement et régénération
Dans le cas de reboisement (sol nu), la régénération se fait par plantation ou par semis. Les deux techniques ont leurs avantages et leurs inconvénients :
| Semis | Plantation | |
|---|---|---|
| Avantages |
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| Inconvénients |
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Des essences comme le chêne, le hêtre et le pin maritime viennent bien par semis. En revanche, des essences comme le merisier, le peuplier sont en général plantées. De manière générale, les variétés provenant de sélection sont plantées car les individus sont reproduits par voie végétative pour ne pas perdre leurs caractéristiques génétiques intéressantes. Une sélection trop poussée n’est pas sans poser problème pour la diversité intraspécifique, notamment en cas de sensibilité forte à une maladie ou à un parasite.
Dans le cas de peuplement déjà existants, il existe différentes approches selon la sylviculture pratiquée. Pour une coupe rase, on revient au cas d’un reboisement. Pour des coupes de taillis, on laisse rejeter naturellement les souches.
La figure ci-contre indique les deux modes de reproduction végétative : Les brins de taillis ont une croissance juvénile plus rapide qu’un arbre de futaie car l’appareil racinaire est déjà en place. Pour une régénération de futaie, on utilise la régénération naturelle ou on pratique un enrichissement, c’est à dire que l’on plante ou que l’on sème dans l’espace libre dégagé par l’exploitation du peuplement.
Le rejet de souche se produit après exploitation de l’axe principal de l’arbre. Il peut apparaître des rejets à la base d’un arbre si celui-ci est brutalement exposé à la lumière après exploitation des arbres voisins.
Le drageonnement se produit également de manière plus intense lorsque l’arbre est exploité ou que le régime lumineux augmente brutalement. Pour des essences de lumière comme le merisier (Prunus avium), c’est un moyen de se maintenir dans des couverts fermés.
La régénération par semis peut se faire naturellement. Dans le cas d’une friche, les essences apparaissant en premier sont plutôt héliophiles et compétitives avec la strate herbacée. Dans le cas d’une petite trouée, ce sont les grands arbres voisins qui ensemencent la clairière. L’homme est obligé d’aider le peuplement lorsque l’essence n’est pas assez compétitive avec la strate herbacée et arbustive par des désherbages (cas des chênes par exemple, Quercus sp.).
L’exploitation et le maintien du potentiel de production
L’exploitation d’un peuplement peut se faire de différentes manières, à la fois dans le temps et dans l’espace. Tout l’art du sylviculteur consiste à optimiser la production de bois tant quantitative que qualitative durant toute la vie du peuplement. Chaque arbre a un potentiel de production qu’il ne réalisera que si le milieu n’apporte pas de facteur limitant. Choisir une essence adapté à la station permet de diminuer l’impact des limitations physico-chimiques du sol. Mais la concurrence entre plantes joue également la croissance. La concurrence entre plantes rentre en compte sur deux aspects :
La lumière : La photosynthèse, et donc la croissance, est corrélée à l’énergie lumineuse que reçoit la plante. Dans le cas d’un arbre dominé, c’est à dire situé à l’ombre d’arbres plus grands, la croissance, voire la survie, seront limités. Un arbre dominant ne subira que des concurrences latérales, qui peuvent éventuellement limiter sa croissance en diamètre si elle est trop forte. L’effet contraire est également rédhibitoire. Un tronc éclairé présentera des branches vivantes dans sa partie inférieure, ce qui en diminue la qualité. Jouer sur la concurrence entre les arbres par la densité sera un élément important de la sylviculture. Pour obtenir une croissance optimale, il faut que l’arbre recoive suffisamment de lumière tout en le maintenant suffisamment concurrencé pour remonter le houppier, c’est à dire que les branches vivantes ne se situent que dans la partie supérieure.
L’eau et les élements minéraux : La compétition sur la nutrition minérale varie suivant l’âge de l’arbre. Un arbre jeune, de petite taille ou dans des sols peu épais sera concurrencé par toutes les autres végétaux. Un arbre adulte puise les éléments plus profondément et c’est encore la densité (nombre d’arbres sur une surface) qui permettra de jouer sur cette concurrence.
Tout l’enjeu de la sylviculture va donc être de réguler la densité afin d’accorder au mieux les objectifs de croissance et de qualité dans le plus court laps de temps. L’opération consistant à exploiter certains arbres pour diminuer la densité s’appelle une éclaircie. Suivant la densité initiale, les essences considérées et les objectifs choisis, le nombre et l’intensité (nombre d’arbre enlevés) des éclaircies peuvent être très variables. En règle générale, elles vont de 3 à 6 par révolution (cycle de production) d’un peuplement. L’enlèvement des arbres exploités s’appelle le débardage.
Dans le cas d’un semis, la première éclaircie a lieu dès que le peuplement a 2 ou 3 ans et s’appelle le dépressage. La densité de levée peut facilement atteindre 5000 à 10000 arbres par hectare (de 0,5 à 1 arbre par mètre carré). Dans ce cas là, la concurrence est rude dès le départ ! Il est donc nécessaire de ramener la densité à un niveau acceptable pour la croissance. Cette opération est courante sur le pin maritime, Pinus Pinaster.
La dernière éclaircie peut également être particulière. Elle sert souvent à préparer la régénération du peuplement (cas du hêtre, Fagus sylvatica). Appellée dans ce cas coupe d’amélioration, cette éclaircie ne garde que quelques sujets adultes (semenciers) dont la ou les prochaines fructifications permettront de régénérer le peuplement. Elle peut se faire en gardant un ensemble diffus de semenciers (régénération par bosquets) ou en intercalant des bandes exploitées avec des bandes de semenciers (régénération par bandes).
Le dernier ensemble d’opérations sylvicoles visent essentiellement à assurer la qualité du bois à terme. Il s’agit de la taille de formation sur des sujets jeunes et de l’élagage sur des arbres plus âgés. La taille de formation de formation s’effectue surtout dans des plantations à faible densité et avec des essences à forte valeur ajoutée (feuillus précieux, …). Elle consiste à éliminer les défauts avant qu’ils ne s’aggravent. Le formation de fourche par exemple, mais également les branches située dans la partie inférieure menaçant de devenir trop grosse.
L’élagage est relativement similaire, mais effectué plus tardivement sur le peuplement. Son objectif est d’éliminer les branches, mortes ou vivantes jusqu’à une certaine hauteur (maxi 6 mètres). Cela permet de limiter les noeuds dans le bois après sciage et donc d’obtenir une meilleure valorisation.
Une dernière opération, appelée défourchage, consiste à éliminer une des branches d’une fourche afin de limiter le développement de l’arbre à un seul axe. Outre la faible valorisation d’un arbre fourchu, il y a toujours le risque que le poids des feuillages sur chaque axe fasse se fendre la base du tronc.
Sylviculture et biodiversité
Le respect de l’équilibre écologique, c’est à dire ne pas remettre en cause les relations entre tous les êtres vivants d’un peuplement (végétaux comme animaux), est à la base du concept de gestion durable. Si cet équilibre n’existe pas, il faut alors l’atteindre quand cela est possible.
Les forestiers français ont un autre défi à réaliser. Dans le sens uniquement production de bois, les sylvicultures françaises ont en général su pérenniser l’exploitation des peuplements. Au sens plus large de la biocénose (ensemble des êtres vivants en cohérence dans un espace donné, le biotope), les coupes rases ont la conséquence de remettre régulièrement le compteur à zéro. La création de sylvicultures où le peuplement est constamment présent, même s’il varie structurellement dans le temps, est le point de départ de la reconquête de la biodiversité et de la durabilité des biotopes forestiers. L’introduction ou le maintien d’essences minoritaires, mais porteuses en sens d’associations écologiques (merisier et oiseaux par exemple) permet d’augmenter le nombre d’espèces pouvant survivre dans le peuplement. La suppression des coupes rases au profit de rajeunissement moins brutaux limite les perturbations dans les écosystèmes fragiles ou affaiblis. A contrario, les forêts européennes de zone tempérée sont depuis la dernière glaciation relativement pauvres en espèces végétales par rapport à l’Asie ou aux Amériques.
L’intervention humaine, à bon escient et sur la base d’une étude approfondie des biocénoses, peut permettre de maximiser la biodiversité intra-spécifique (diversité génétique des individus d’une même espèce) et inter-spécifique (diversité des espèces présentes).
Enfin, tout comme il n’est pas souhaitable de limiter la biodiversité dans un écosystème, il n’est pas non plus souhaitable de limiter la diversité des écosystèmes eux-mêmes. La diversité des sylvicultures, tant traditionnelles que plus « écologiques », est également une garantie de la durabilité des forêts françaises.
Comme ce lycée a gentiment proposé de faire un lien vers mes pages forestières, je lui rends la pareille avec plaisir :
Tags : arbre, développement durable, forêt, gestion durable, sylviculture










Madame, Monsieur,
J’ai lu avec intérêt cet article synthétisant les techniques de gestion forestière, qui rejoint le sujet de mon blog. Seriez vous d’accord pour établir un lien entre nos deux sites?
Bien cordialement,
Carine Holle Bonnisseau
Pas de problème, j’ai ajouté un lien dans la partie idoine du site. Bonne continuation.
je suis heureux de lire votre publication sur les méthodes de gestions forestières.cependant je pose la question de savoir si cette gestion est pour les pays développés, en voie de développement et sous développés.Je suis dans un pays ayant encore des forêts c’est la République Démocratique Congo ou plus de 40% de la population vivent de la forêt soit par les bois de chauffage,braises,planches,exploitation agricoles,exploitations minières et autres.Ceci étant la forêt est réduite annuellement d’une façon exponentielle.Que faire de cette population dépendante des forêts parce que menace par la pauvreté.Nous ne pouvons laissé d’exploitation des forêts sont des potentialités qu’offrent la nature.Je pense nous pouvons créer un partenariat pour approfondir cette question ici dans notre pays sous développés.Je suis assistant à l’Université Libre des Pays des Grands Lacs(ULPGL/Goma) en province du Nord Kivu en RDC;
Vaste sujet que celui que vous abordez ici. Les principes décrits peuvent bien évidemment s’employer avec des forêts tropicales ou équatoriales tout en étant adapté aux spécificités des biotopes.
En revanche, les objectifs de gestion ne peuvent pas être les mêmes car le contexte est totalement différent. Trop souvent les forêts primaires sont exploitées comme de simple mines et je crois que c’est d’abord ce phénomène qui est dangereux et non pas l’utilisation de la forêt à des fins vivrières.
Merci beaucoup pour votre commentaire.
Article très pertinent. Pourrait être un bon sujet de débat pour ceux qui s’intéressent à la relation homme-nature!
Je suis le directeur d’un petit centre d’éducation environnemental au Mali: Kungoso. Sur un terrain d’environ 5 hectares j’ai pu faire régénérer une petite forêt! Actuellement j’ai pu conservé plus de 200 espèces de plantes indigènes. Mais malheureusement depuis deux ans je suis sous une pression démographique intense avec l’urbanisation qui m’arrive de tous les côtés! Question: persiter et continuer à maintenir cette forêt au milieu des gens ou fermer boutique et se relocaliser? Si je dis fermer boutique c’est faire comme tout le monde, raser la forêt et morceller la parcelle s’enrichir et vivre comme un pacha pendant un bon de temps et en finir avec! Qu’en penser vous?
Merci de votre commentaire et de votre témoignage. Il est certain que le profit à court-terme dans votre cas est tentant, c’est d’ailleurs le cas partout et à chaque fois… Votre peuplement possède une valeur écologique certaine qu’il n’est pas forcément évident de convertir en valeur économique. Il ne reste guère que le sens de l’éthique et des valeurs personnelles pour assurer la pérennité de votre démarche. On peut espérer une évolution à plus long-terme de nos doctrines économiques (souhaitons le nous en tout cas) mais dans l’intervalle, il ne reste que les convictions et la persévérance. Bon courage à vous